Phénomène d’autant plus remarquable qu’il est difficile à observer, le camouflage, ou le mimétisme stratégique, est une véritable garantie de survie pour toutes les espèces.

Se déguise-t-on pour autre chose que pour abuser les autres ? De l’hermine du magistrat au nez rouge du clown en passant par l’habit du gendarme, à quoi riment nos oripeaux ?

Dans mon pays natal, agriculteurs, ouvriers et bourgeois s’endimanchaient pour recevoir la parole de Dieu sur les bancs de l’église. Respect, soumission, solidarité, fidélité, si l’habit ne faisait pas toujours le moine, il permettait à tout le moins d’entrer dans le confessionnal. On cache une vérité qui blesse, on fait semblant pour paraître, on complote pour trahir une parole donnée. Pieux mensonges et turpitudes alimentent les conversations ordinaires et se confondent dans un ballet à trois personnages : la dupe qui prend l’appât pour un cadeau, un leurre qui fait la chèvre à l’orée du bois et un profiteur, qui tire les marrons du feu. Il est bon de savoir le rôle qu’on joue dans ses transactions. Choisir sur initiative d’illusion offre les garanties d’une amère déconvenue. L’offre du siècle est toujours un simulacre et les manipulateurs en jouent diaboliquement bien. Il convient de cuirasser son armure pour ne pas demeurer le souffre-douleur désigné. Les faiblesses du gentil stimulent les ardeurs du vilain. Se protéger par l’agressivité ou le protectionnisme rompt le contact. L’assertivité impose le respect. Il s’agit d’affronter la critique les yeux dans les yeux, sans mépris, sans appréhension et en prenant soin de séparer la personne du problème.

On défigure aussi le vrai pour protéger un proche ou sauver la face devant un concurrent agressif. On triche pour améliorer son ordinaire, excuser un retard. On dissimule pour ne pas trop partager. Demandez à un félon à quand remontent ses dernières tartuferies, le diamètre de ses pupilles va s’élargir et il se présentera en victime. « On ne ment jamais autant qu’après une partie de chasse ou pendant une campagne électorale », disait Georges Clemenceau. L’image magnifiée qu’on se fait d’une promesse abusive constitue un premier pas sur la planche savonneuse. La vigilance est le rempart protecteur pour ne pas être un oiseau pour le chat, un bouc émissaire ou le lampiste. Quand la fiancée est trop belle, regardez sous la robe si elle ne cache pas une jambe de bois. L’esprit critique est la seule immunité contre l’aliénation !

Réalité quotidienne de ceux qui font profession d’insuffler des croyances, l’empathie n’est pas seulement une stratégie de sioux pour ramener tout le monde à son point de vue. Depuis que le Docteur Giacomo Rizzolatti a mit en lumière l’existence des neurones miroir, on comprend mieux les effets puissants de certains jeux psychologiques pour approcher une proie alimentaire, séduire un partenaire sexuel, distraire un prédateur, sauver ses prérogatives, passer inaperçu,. Scapin le fourbe et Tartuffe le menteur élevés au rang d’ajusteurs de conscience ? Ces jeux de dupes agissent comme des perturbateurs endocriniens. Effrayer, faire rire, attrister, énerver et surprendre obligent l’interlocuteur à modifier ses états de conscience pour qu’il perde son sang froid. En prenant l’autre par les sentiments ou les appétits, on le domine. Chacun tire la couverture à lui en favorisant le « lâcher-prise » de sa victime-cible. Les anthropomorphismes des fables de La Fontaine détourent merveilleusement la similitude entre les grands singes qui parlent et le reste de la faune animale. Voyons comment la vie sauvage tire son épingle du jeu ?

La nature se répand en exemples mimétiques. Pour s’associer aux plus nobles des céréales, des herbes roturières comme le seigle et l’avoine imitèrent le blé pour profiter de son battage et essaimer comme lui. Offensive d’abord, reproductive et symbiotique ensuite, ce type de mimétisme fut dénommé Batésien, du nom d’Henry Bates, qui décrivit en 1861 la faculté de muter en même temps que l’environnement pour profiter de ses bienfaits. Ainsi le lièvre-plaire devient-il blanc l’hiver, certains insectes se confondent avec l’écorce des arbres, le caméléon emprunte les couleurs du lieu. Ces contrefaçons trompent notre perception de la lumière réfléchie, ils sont pour cela dénommés visuels. D’autres simulacres, auditifs pour imiter des sons, olfactifs pour répandre des odeurs trompeuses sont quotidiennement observés. Le mimétisme est mullérien dès lors qu’il il est dévolu à se défendre contre ses prédateurs. Le professeur Muller avait observé que pour limiter leurs pertes, certaines espèces mangeables s’imitaient entre elles en présence d’un prédateur.

Il y a des oiseaux qui font semblant d’être blessés pour éloigner les intrus du nid, les fleurs propagent des phéromones pour attirer l’abeille, le poisson-coffre se transforme en hérisson pour effrayer le requin, les couleurs vives des papillons écœurent l’hirondelle. Ces réactions homotypiques font ressortir un caractère polygénique détenu par toutes les espèces, les gènes allélomorphes élastiques. Déclenchées par de vives émotions, ces hormones produisent des effets spectaculaires, dites imitations défensives ou offensives, pour détourner l’attention d’un ennemi, saisir une proie ou échapper à un être toxique.

Darwin attribua une part de l’évolution des espèces aux compétitions qu’entraîne le partage de la biosphère. Mais toutes les stratégies finissent par se faire décrypter par l’ennemi et même les plus futés sont obligés d’affiner leurs pièges en permanence. La ruche pour se prémunir contre les tentatives d’immigration du faux bourdon a renforcé ses frontières. La condition fondamentale de la coexistence est la symétrie comportementale. La crevette qui nettoie les dents du requin ne sera pas dévorée.

Chaque groupe social possède ses héros auxquels tentent de ressembler ses disciples. Domestiques des aristocrates, les jaquettes rouges, une fois rentrés au village, reproduisaient les belles manières des élégants muscadins et les roturiers voulurent en faire autant. Les légendes ne se contentent pas d’endormir les enfants au coin du feu. Elles fomentent les cultures, rassemblent les élus de leurs dieux derrière un livre sacré et trop souvent, dressent les peuples endoctrinés les uns contre les autres. Europe était la fille de la Reine Agénor de Tyr, dont le domaine s’étalait sur les terrasses de la Phénicie. Zeus s’était épris d’elle et pour la séduire, pris les formes de son animal préféré, le taureau blanc. Il l’étreignit à Gortyne, en Crête, au pied d’un arbre qui ne perdit jamais ses feuilles. Quand bien même il fut un dieu de l’Olympe, celui qui désire le corps de l’autre par gourmandise plutôt que son esprit par affinité est un dangereux prédateur. Le taureau servit de leurre et la jolie Europe, de proie parfaite. Ainsi le théâtre de la vie remet-il sans cesse ses trois acteurs sur le devant de la scène, un prédateur, un appât et une victime. Le prédateur s’anime de désirs insolvables et prend ses privilèges au détriment de quelqu’un.

Commodités conventionnelles ou réactions biologiques programmées, d’innombrables postures permettent au mime d’abuser ses proies. Vedettes médiatisées, les stars-miroirs dictent la mode à leurs fans qui veulent ressembler à leurs modèles. En empruntant les apparences d’une idole, on se figure partager son talent. On n’est pas loin d’une croyance guerrière qui disait qu’en mangeant le cerveau de son ennemi, on prenait possession de son intelligence. Les Chrétiens mangent symboliquement le corps du Christ pour prendre ses vertus. Le Prince de Machiavel descend de cheval pour se rapprocher de son peuple. Il affiche une grande religiosité et se montre généreux, mais il demeure prêt à changer de disposition au moindre signal. Le masque ne serait-il qu’un mensonge. Les stratégies comportementales permettent d’intervenir intelligemment sur les états intérieurs d’autrui.

On apprend à marcher, on apprend à parler mais apprend-on à communiquer dans la bogue familiale ? Naître dans un microcosme où les communicants interdépendants ne connaissent que les figures de style imposées par la coutume empêche la rencontre des âmes fraternelles loin du nid.

La PNL fournit un matériel efficace pour calibrer un interlocuteur dont le visage, la gestuelle et le langage vous renseignent. En synchronisant vos attitudes et paroles jusqu’à devenir le reflet conforme de l’idéal de l’autre, vous creuserez une brèche dans l’enceinte protectrice de sa suspicion. Infusez dans les cerveaux comme une tisane dans l’eau chaude, vous épandrez vos intentions dans ses pensées, comme une délicate saveur à son goût. Pour réussir un tel transfert d’émotions, il est de bon aloi de maîtriser les codes auquel il se réfère. Utiliser ses prédicats correspond au mode mimétique simple, et tant cela n’est pas interprété comme une ruse malveillante, cela permet d’exercer une influence, quasi hypnotique. La fusion émotionnelle ouvre d’étonnants accès à l’inconscient. Par contre, prendre le contre-pied du discours de ses antagonistes constitue une inversion d’induction et présente des risques de conflit. Le jeu de la discussion consiste à expulser l’autre de ses croyances pour lui imposer les nôtres, sans nuire à la qualité de la relation.

Tout développement personnel passe par une initiation, ancrage de comportements sociaux et professionnels qui élèvent la valeur et les mérites d’un individu. Anthony Robbins rappelle dans son ouvrage « Nos pouvoirs illimités », que l’imitation est à la base de tout apprentissage. L’apprenti, recueilli dans le silence de son cœur, accueille, assimile et intègre les compétences et les attitudes du compagnon. Une fois qu’il se sera approprié le précieux savoir-faire, il pourra apporter sa pierre à l’édifice avec maîtrise. Si l’école prépare l’intelligence à comprendre, c’est tout de même en forgeant qu’on devient forgeron !

Armand Mabille

Consultant Expert de la relation avec les clients – Coach et formateur IXOS-FORMATION

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